Quand mes enfants étaient en maternelle, il n'y avait pas de cantine à l'école.
Ils pouvaient rester déjeuner sur place avec des assistantes maternelles, mais les parents devaient fournir le repas.
Et autour de moi, les mamans apportaient de vrais bons petits plats « maison ».

Moi, j'avais un problème : je ne savais pas cuisiner.
Je n'aimais pas ça. Je n'étais pas douée. Et surtout… j'en avais honte.
Parce que dans ma tête, une bonne mère savait forcément préparer de bons petits plats à ses enfants… Surtout en France, où la nourriture tient une telle place !

Alors j'avais trouvé une solution ridicule : j'achetais des petits pots et je les transvasais dans des Tupperware.
Et quand j'achetais un gâteau tout fait, je le sortais de son emballage et je l'écrasais un peu pour qu'il ait l'air… moins industriel !

Avec le recul, cela me fait rire.
Mais à l'époque, pas du tout.

Je ne savais pas cuisiner et, quelque part, j'avais décidé que cela disait quelque chose de ma valeur comme mère.

Ce que nous ne savons pas faire prend parfois toute la place

La semaine dernière, nous nous demandions si la réussite de nos enfants nous permettait de savoir si nous avions été de bons parents.
Mais il existe une autre manière de fragiliser notre confiance en nous : regarder tellement ce qui nous manque que nous finissons par ne plus voir ce que nous savons faire.

Je ne sais pas cuisiner.
Je ne suis pas organisée.
Je manque de patience.
Je ne sais pas dire non.
Je suis trop émotive.
Je ne suis pas à l'aise en public.

Cette liste-là vient généralement assez vite.

Mais si je vous demande :
« Sur quoi pouvez-vous compter chez vous ? »
La réponse est souvent beaucoup moins claire.

« Oh, ça, ce n'est rien »

Nous avons en effet une curieuse tendance à minimiser ce que nous faisons bien.

Vous savez organiser quinze choses en même temps ?
« Toutes les mères font ça. »
Vous avez accompagné un enfant pendant des mois dans une période difficile ?
« Je suis sa mère, c'est normal. »
Vous avez réussi à poser une limite ?
« Il était temps ! »
Vous avez traversé une situation compliquée ?
« Je n'avais pas le choix. »

Et voilà comment disparaissent toutes les preuves de ce dont nous sommes capables.

Ce que nous savons bien faire finit souvent par nous sembler tellement naturel que nous cessons de le considérer comme une force.
Certaines savent écouter. D'autres organiser, décider, créer, anticiper, improviser, rassembler, persévérer, apaiser un conflit, trouver une solution pratique ou sentir très vite que quelqu'un ne va pas bien.

Et parce que cela leur vient facilement, elles pensent :
« Mais tout le monde sait faire ça ! »
Non.

Ne cherchez pas vos qualités. Cherchez les preuves.

Je pourrais vous proposer de faire la liste de vos qualités.
Mais je préfère une autre question :
Qu'avez-vous fait ces derniers jours qui vous montre quelque chose de vous ?

Vous avez passé ce coup de téléphone que vous redoutiez.
Vous avez dit non.
Vous avez demandé de l'aide.
Vous avez reconnu une erreur.
Vous avez trouvé une solution à un imprévu.
Vous avez recommencé après un échec.
Vous avez fait quelque chose que vous ne saviez pas faire.

Et maintenant seulement :
qu'est-ce que cet acte me dit de moi ?

Peut-être que je suis plus courageuse que je ne le pensais.
Plus persévérante. Plus adaptable. Plus créative. Plus capable de poser une limite.
Pas toujours. Pas partout.
Mais dans cette situation-là, j'en ai été capable.

Et c'est ainsi que se construit aussi la confiance en soi : non pas seulement à partir de ce que nous pensons de nous, mais à partir de l'expérience de ce que nous nous découvrons capables de faire.

Notre image de nous-mêmes a parfois quelques années de retard

Il y a d'ailleurs des phrases que nous continuons à répéter longtemps :
« Moi, je suis timide. »
« Je ne sais pas me débrouiller seule. »
« Je ne suis pas courageuse. »
« Je suis incapable de prendre une décision. »

Mais depuis quand le pensons-nous ?
Peut-être était-ce vrai à vingt ans.
Peut-être quelqu'un nous l'a-t-il dit.
Mais depuis, nous avons travaillé, aimé, élevé des enfants, traversé des difficultés, appris, échoué, recommencé.
Nous avons changé, mais parfois notre définition de nous-mêmes n'a pas suivi.

Moi, en revanche, je ne sais toujours pas cuisiner !
J'ai cuisiné pendant plus de vingt-cinq ans parce qu'il fallait bien nourrir ma famille. Puis, il y a cinq ans, mon mari a découvert qu'il aimait cuisiner.
Il a pris le relais.
Et depuis, je ne mets pratiquement plus les pieds dans la cuisine.

J'aurais pu passer encore vingt ans à essayer de devenir une femme qui aime cuisiner.
Finalement, j'ai accepté quelque chose de beaucoup plus simple :
ce n'est pas une de mes forces.
J'en ai d'autres.

Porter sur soi un regard juste

Reconnaître ses forces ne signifie pas se trouver formidable.
Cela ne signifie pas davantage nier ses faiblesses.

Je peux reconnaître que je ne sais pas cuisiner sans conclure que je suis nulle.
Je peux reconnaître que je sais écouter sans prétendre être extraordinaire.
Je peux être mauvaise dans certains domaines et compétente dans d'autres.

C'est peut-être cela, finalement, que nous cherchons depuis le début de ce mois :
porter sur nous-mêmes un regard plus juste.
Ni nous surestimer.
Ni nous sous-estimer.
Voir nos fragilités sans nous réduire à elles.
Et reconnaître nos forces sans les balayer immédiatement d'un :
« Oh, ça, ce n'est rien. »

Une de mes amies s'est arrêtée de travailler pendant dix ans pour élever son fils. Et lorsqu'elle parle de cette période dans son parcours professionnel, elle dit, avec humour, qu'elle a été « PDG d'une entreprise familiale ».

J'aime beaucoup cette manière de présenter les choses.
Parce qu'au fond, pendant ces dix années, elle n'a pas « rien fait ».
Elle a organisé. Anticipé. Pris des décisions. Géré des imprévus. Accompagné. Négocié. Trouvé des solutions. Appris énormément de choses.
Des compétences que l'on aurait probablement su nommer si elles avaient été acquises dans une entreprise.
Pourquoi avons-nous parfois tant de mal à les reconnaître lorsqu'elles ont été acquises dans notre vie ?

Alors cette semaine, plutôt que de vous demander ce que vous devriez encore améliorer, essayez peut-être cette question :
« Qu'est-ce que je sais faire, aujourd'hui, sur quoi je peux réellement m'appuyer ? »

Et la semaine prochaine, nous changerons légèrement de regard.
Parce que si nous avons parfois tant de mal à reconnaître nos propres forces, comment aider nos enfants à découvrir les leurs ?