La semaine dernière, je vous demandais si nous étions aussi résilientes que le gazon.
Nous avons parlé de cette capacité étonnante que nous avons à repartir, à nous adapter, à « reverdir » après les périodes où tout semble nous avoir un peu asséchées.
Être résiliente est une force. Mais être obligée de l'être tout le temps peut devenir un piège.
En septembre, nous avons cherché les ressources qui nous permettent de tenir : garder quelque chose des vacances, préserver le lien avec nos enfants et nos ados, alléger un peu notre charge mentale, trouver ces petits moments qui nous permettent de reprendre souffle.
En octobre, j'aimerais vous proposer d'aller un peu plus loin.
Que se passe-t-il en nous lorsque tenir commence à nous coûter cher ?
Car à force d'encaisser, de nous adapter, de recommencer, nous pouvons finir par croire que si nous fatiguons, si nous craquons, si nous n'y arrivons pas… c'est que nous ne sommes pas assez bonnes.
Et c'est là que notre estime de nous-mêmes commence parfois à vaciller.
Octobre : quand la rentrée idéale rencontre la vraie vie
En septembre, nous avions peut-être pris quelques bonnes résolutions.
Cette année, les devoirs seraient faits sans hurler. Les affaires seraient préparées la veille. Nous courrions moins le matin. Nous prendrions davantage de temps pour chacun. Et, promis, nous penserions aussi un peu à nous.
Et puis octobre arrive.
Celui qui devait devenir autonome ne l'est pas vraiment devenu.
L'adolescente qui semblait plutôt bien repartir recommence à rentrer du collège en faisant la tête.
Les chaussures de sport sont restées à la maison le jour de l'EPS.
Vous avez répondu un peu trop vivement.
Vous avez oublié un papier.
Vous avez commandé des pizzas alors que vous aviez décidé de mieux organiser les repas.
Et insidieusement, une petite phrase apparaît :
« Je suis vraiment nulle. »
Ou sa cousine :
« Les autres y arrivent bien, elles. »
Vraiment ?
La mère parfaite existe. Sur les réseaux sociaux.
Vous souvenez-vous de Ruby Franke ?
Cette Américaine, mère de six enfants, avait construit une immense communauté sur YouTube autour de sa vie familiale. Sur sa chaîne 8 Passengers, suivie par des millions de personnes, elle donnait à voir le quotidien très maîtrisé d'une grande famille et prodiguait des conseils éducatifs.
Une de ces familles que l'on peut regarder en se disant : « Mais comment fait-elle ? »
Puis l'image s'est effondrée.
En 2023, l'un de ses fils, âgé de 12 ans, s'est échappé de la maison où il se trouvait et a demandé de l'aide à un voisin. L'enquête a révélé de graves maltraitances. Ruby Franke a ensuite plaidé coupable de plusieurs chefs de maltraitance aggravée sur enfant et a été condamnée à une peine de prison en février 2024.
Bien sûr, cet exemple est extrême.
Mais il nous rappelle quelque chose d'essentiel :
nous comparons souvent notre intérieur avec l'extérieur des autres.
De notre propre vie, nous connaissons tout.
Le cri de trop.
Le panier de linge qui déborde.
La réunion oubliée.
Le repas improvisé.
Le « dépêche-toi ! » hurlé pour la quatrième fois à 7 h 52.
Notre fatigue.
Nos doutes.
Nos contradictions.
Des autres, nous voyons ce qu'elles donnent à voir.
Alors peut-être pouvons-nous commencer par cesser de nous comparer à des mères qui, elles non plus, n'existent pas tout à fait.
J'ai raté quelque chose… ou je suis ratée ?
Il y a une énorme différence entre :
« Je me suis énervée contre mon fils ce soir »
et :
« Je suis une mauvaise mère. »
La première phrase décrit un fait.
La seconde prononce un jugement sur toute une personne.
Je peux avoir oublié un rendez-vous sans être irresponsable.
Je peux avoir crié sans être une mère épouvantable.
Je peux être épuisée par mes enfants tout en les aimant profondément.
Je peux même, certains soirs, avoir terriblement envie que tout le monde aille se coucher… sans avoir à m'interroger sur la profondeur de mon amour maternel !
Et pourtant, nous passons très facilement du fait au verdict.
C'est là que notre estime de nous-mêmes peut commencer à s'abîmer.
Aucune maman n'a besoin d'être parfaite
Et heureusement.
Parce que la mère parfaite serait probablement assez difficile à vivre.
Elle saurait toujours quoi répondre. Elle ne crierait jamais. Elle préparerait des repas équilibrés que ses enfants mangeraient avec enthousiasme. Elle saurait exactement quand parler à son adolescent et, surtout, quand se taire. Elle poserait des limites avec calme et constance. Elle serait disponible sans être envahissante, attentive sans être anxieuse, organisée sans être rigide.
Et évidemment, elle penserait aussi à prendre soin d'elle !
Cette femme n'existe pas.
Et si nous attendons de nous-mêmes de nous rapprocher le plus possible de cet idéal, nous organisons nous-mêmes notre propre déception.
Avoir une bonne estime de soi ne consiste pas à se trouver formidable.
C'est pouvoir porter sur soi un regard suffisamment juste pour reconnaître ce que l'on fait bien, ce que l'on fait moins bien, ce que l'on peut changer… et ce qui mérite simplement d'être accepté.
Deux minutes de Vittoz pour revenir au réel
Quand cette petite voix commence à vous dire : « Tu es nulle », « Tu n'y arrives pas », « Tu aurais dû… », je vous propose quelque chose de très simple, inspiré de la méthode Vittoz.
Pas besoin de vingt minutes de silence. Deux minutes peuvent suffire.
Posez ce que vous avez dans les mains.
Et pendant quelques instants, recevez simplement ce qui est là.
Regardez une couleur autour de vous.
Écoutez les bruits qui vous entourent.
Sentez le contact de vos pieds avec le sol.
Le poids de votre corps sur la chaise.
La température de l'air sur votre visage ou vos mains.
Votre respiration, sans chercher à la modifier.
Quelques secondes où vous ne cherchez ni à comprendre, ni à analyser, ni à résoudre.
Vous êtes simplement là.
Puis revenez à ce qui vous faisait penser : « Je suis nulle. »
Et racontez-vous ce qui s'est passé sans adjectif et sans jugement.
Pas :
« J'ai encore complètement raté ma soirée. »
Mais :
« J'étais très fatiguée. Mon fils refusait de faire ses devoirs. Je lui ai demandé trois fois. J'ai fini par crier. »
C'est tout.
Vous ne cherchez ni à vous excuser ni à vous condamner.
Vous constatez.
Et entre ce qui s'est réellement passé et tout ce que nous nous racontons ensuite sur nous-mêmes, il y a parfois un monde.
Nos enfants n'ont pas besoin de notre perfection
Peut-être avez-vous mal réagi hier.
Peut-être votre enfant traverse-t-il une période difficile et vous ne savez plus très bien comment l'aider.
Peut-être cette rentrée ne ressemble-t-elle pas du tout à ce que vous aviez imaginé.
Peut-être êtes-vous simplement fatiguée.
Rien de tout cela ne résume la mère que vous êtes.
Nos enfants n'ont pas besoin de mères parfaites.
Ils ont besoin de mères qui peuvent se tromper et réparer. Qui savent parfois dire : « Là, j'ai mal réagi. » Qui peuvent changer d'avis. Qui peuvent demander de l'aide. Qui ont leurs limites. Qui sont humaines.
Et, finalement, en renonçant à être parfaites, nous leur apprenons peut-être quelque chose de beaucoup plus important que la perfection :
on peut se tromper sans perdre sa valeur.
On peut échouer et recommencer.
On peut avoir des limites et être digne d'être aimé.
On peut ne pas être parfait… et avoir une bonne estime de soi.
Et si nous voulons que nos enfants sachent un jour porter ce regard-là sur eux-mêmes, peut-être pouvons-nous commencer par essayer de le porter sur nous.
La semaine prochaine, nous continuerons justement à prendre soin de cette estime de nous-mêmes : pourquoi voyons-nous si facilement tout ce que nous faisons mal… et si peu tout ce que nous faisons bien ?
