Vendredi soir, 80 000 jeunes au Stade de France.
Samedi, 800 000 personnes dans les rues de Paris.
Dimanche, 150 000 personnes à Lourdes.

Plus d’un million de participations en trois jours. Derrière les chiffres, il y avait surtout des visages : des jeunes qui chantaient, priaient, riaient et redécouvraient une part de l’histoire de notre pays, profondément marquée par ses racines chrétiennes ; des familles, des enfants, des personnes âgées ; et, à Lourdes, tant de personnes malades ou fragiles.

Je suis chrétienne. Alors oui, ces journées m’ont profondément touchée. Mais je crois qu’on peut aussi regarder ces images sans partager ma foi et y voir quelque chose de très simple : dans notre pays, des centaines de milliers de personnes sont encore capables de se rassembler dans la paix autour d’une espérance commune. Et, en ce moment, cela fait du bien.

Parce que les raisons de nous inquiéter ne manquent pas : la guerre aux portes de l’Europe, les tensions internationales, le pouvoir d’achat, l’économie, l’avenir de nos enfants, une école et un système de santé fragilisés, l’état de la planète. À quelques mois de l’élection présidentielle, les oppositions politiques se durcissent et le débat public n’est pas toujours apaisé. À force, nous pouvons finir par croire que tout devient plus fragile, plus conflictuel, plus incertain.

Et pourtant, pendant quelques jours, j’ai vu autre chose.
J’ai vu des jeunes croire que leur vie pouvait avoir un sens.
Des générations se retrouver.
Une foule immense capable d’être ensemble dans la paix.
Des personnes fragiles placées au cœur d’un rassemblement plutôt qu’à sa périphérie.
Et je me suis dit : non, tout n’est pas perdu.

Qu’est-ce que l’espérance ?

L’espérance ne consiste pas à nier ce qui va mal ni à croire naïvement que tout ira bien. Elle consiste à regarder lucidement les difficultés sans renoncer à agir, construire, transmettre, prendre soin les uns des autres et croire que quelque chose de meilleur reste possible.

Et puis j’ai entendu cette conviction répétée par le pape : chaque personne est unique et irremplaçable.

La valeur d’une personne ne se mesure pas à ce qu’elle produit

Cette phrase me rejoint particulièrement dans mon métier. Je rencontre des adolescents, des jeunes et des parents qui ne voient parfois plus très bien leur propre valeur : parce qu’ils échouent, qu’ils ont été rejetés, qu’ils sont épuisés, qu’ils ne correspondent plus à ce qu’ils pensent devoir être ; parfois aussi parce que d’autres leur ont dit qu’ils ne valaient rien ou leur ont fait sentir qu’ils étaient davantage un poids qu’une aide.

Alors il me paraît essentiel de redire ceci :
La valeur d’une personne ne se mesure pas à ce qu’elle produit.
Ni à sa réussite, ni à son âge, ni à sa santé, ni à son autonomie, ni à ce qu’elle peut apporter aux autres.
Une personne ne devient pas moins précieuse parce qu’elle a besoin des autres.

À Lourdes, cette conviction avait des visages. Voir le pape au milieu de tant de personnes malades ou fragiles m’a rappelé avec force que la fragilité, la maladie ou la vieillesse ne retirent rien à la dignité d’une vie.

Regarder ce qui est encore vivant

Ces journées ne régleront aucun des problèmes de notre pays. Mais elles m’ont rappelé que l’espérance est toujours là : chez ces jeunes qui veulent construire leur vie, chez ceux qui croient à la paix plutôt qu’à la violence, chez ceux qui prennent soin des plus fragiles, chez ceux qui pensent encore que nous pouvons vivre ensemble autrement que dans l’affrontement permanent.

Pour moi, cette espérance trouve sa source dans ma foi. Mais il n’est pas nécessaire de partager cette foi pour se réjouir de la voir exister.

Et si, au lieu de regarder seulement tout ce qui va mal dans notre pays, nous prenions aussi le temps de regarder ce qui est encore vivant, ce qui rassemble et ce qui donne envie d’espérer ?

Note — Les 27 millions d’euros correspondent au budget d’organisation de la visite porté par l’Église catholique en France et financé notamment par ses ressources et les dons. L’État prend, de son côté, en charge les forces de l’ordre nécessaires à la sécurité publique, comme lors de la visite officielle de tout chef d’État étranger ; le pape est le chef de l’État de la Cité du Vatican.