Avez-vous remarqué comme le gazon semble « résilient ? » Pendant des semaines de canicule, comme cette année.. Il devient tout jaune. Il semble complètement mort. Et puis il suffit d'une pluie ou deux… et le voilà qui commence à reverdir. Il retrouve sa couleur, sa souplesse, sa beauté.

Sans en vouloir au soleil. Sans reprocher à la pluie d'être arrivée trop tard. Sans se demander pourquoi il a été aussi sec. Il repart…

Et si nous nous inspirions un peu du gazon dans notre vie de mère ? Parce qu'une mère, elle aussi, peut traverser des périodes où elle a l'impression d'avoir été desséchée par la chaleur de la vie quotidienne. Et pourtant, elle repart.

Souvent. Très souvent.

Qu'est-ce qui nous assèche ?

Il y a les grandes épreuves, bien sûr. Mais il y a aussi toutes ces petites choses qui, mises bout à bout, finissent par nous épuiser : Une rentrée à préparer. Les fournitures à acheter. Les inscriptions à gérer. Les horaires à organiser. Les activités à choisir. Les rendez-vous médicaux à prendre. Les vêtements à retrouver. Les repas à prévoir. Les enfants à rassurer. Les adolescents à écouter. Et cette impression tenace d'avoir toujours quelque chose à anticiper.

À peine les vacances commencent-elles qu'il faut déjà penser à leur fin. Et lorsque la rentrée arrive, on aimerait parfois simplement… souffler. Mais les enfants reprennent l'école… et les devoirs. Les adolescents reprennent leurs activités et leur caractère bien trempé... Et nous, nous reprenons notre rôle de chef d'orchestre. Avec, parfois, une fatigue que les vacances n'ont pas complètement effacée.

Parce que les vacances ne sont pas toujours reposantes. On peut avoir beaucoup aimé partir et être rentrée épuisée. On peut avoir passé de très bons moments en famille et avoir aussi connu des disputes. On peut avoir profité de ses enfants et avoir parfois rêvé de cinq minutes seule. On peut avoir été heureuse… et fatiguée. Les deux ne sont pas incompatibles.

Et puis il y a tout ce que l'on porte intérieurement. Le sentiment de ne pas être suffisamment reconnue. Un enfant qui ne pense pas toujours à remercier. Un adolescent qui peut parfois être particulièrement critique. Une remarque qui fait mal. Un reproche que l'on garde en tête. Cette impression de donner beaucoup et de ne pas toujours savoir si cela compte.

Et puis il y a leurs inquiétudes. L'adolescent qui redoute la rentrée. Celui qui se demande s'il va réussir. Celui qui a peur de retrouver une classe dans laquelle il ne se sentait pas bien. Celui qui ne sait pas encore comment va se passer son année. Et nous voilà à porter aussi leurs inquiétudes.

Parce qu'une mère ne regarde pas seulement ce qu'elle ressent. Elle regarde aussi ce que ressentent ses enfants. Alors elle anticipe. Elle rassure. Elle organise. Elle cherche des solutions. Elle pense à demain. Et parfois même à la semaine prochaine alors que nous sommes encore aujourd'hui.

C'est cela aussi, la charge mentale. Pas seulement avoir beaucoup de choses à faire. Mais avoir beaucoup de choses à penser.

Et lorsque tout cela s'accumule, nous pouvons nous sentir comme ce gazon après plusieurs semaines sans pluie. Sèches. Fatiguées. À bout de ressources.

Pourtant, quelque chose demeure :

Notre extraordinaire capacité à repartir… à condition de nous laisser reverdir

C'est peut-être l'une des grandes forces des mères. Nous sommes capables de repartir. Après une nuit difficile. Après une dispute. Après une remarque qui nous a blessées. Après un enfant qui nous dit que nous sommes « la pire mère du monde ». Après une période où nous avons douté de nous. Après une rentrée compliquée. Après une période où nous avons eu l'impression de ne plus savoir comment faire. Nous repartons.

Parce que le lendemain, il faut préparer le petit-déjeuner. Parce qu'il faut accompagner. Parce qu'il faut écouter. Parce qu'il faut parfois consoler. Parce que, même lorsque nous sommes fatiguées, nous continuons à aimer.

Et cette capacité à repartir est une forme de résilience. La résilience, ce n'est pas ne jamais souffrir. Ce n'est pas être forte tout le temps. Ce n'est pas encaisser sans rien ressentir. Et surtout, ce n'est pas faire comme si tout allait bien.

La résilience, c'est pouvoir retrouver du mouvement après avoir été éprouvée. C'est pouvoir revenir à soi. Retrouver progressivement ses ressources. Recommencer à avancer.

À cet égard, nous sommes peut-être même plus résilientes que le gazon. Car le gazon, lui, ne reçoit pas de reproches. Il ne se demande pas s'il fait suffisamment bien son travail. Il ne culpabilise pas lorsqu'une plante voisine pousse plus vite que lui. Il ne se compare pas au gazon du jardin d'à côté. Nous, si.

Nous pouvons nous demander : « Est-ce que je fais assez bien ? » « Est-ce que je suis une bonne mère ? » « Est-ce que j'aurais dû faire autrement ? » « Pourquoi les autres semblent-elles mieux y arriver ? » Et malgré tout cela, nous continuons.

Mais attention. Il y a une limite à cette formidable capacité à avancer. Parce qu'être résiliente ne signifie pas être invincible. Et continuer à avancer en force, malgré l'épuisement, malgré les signaux d'alerte, malgré le manque de sommeil, malgré la perte de plaisir, malgré l'irritabilité, malgré le sentiment de ne plus y arriver… peut finir par nous conduire ailleurs. Vers l'épuisement. Vers le burn-out.

Alors, comment éviter d'attendre d'être complètement à sec pour chercher la pluie ? Peut-être en commençant par de toutes petites choses. Pas besoin de partir trois semaines seule dans une île déserte. Parfois, cinq minutes suffisent pour commencer à reprendre un peu d'air.

Une chose toute simple

Vous vous levez cinq minutes plus tôt. Pas pour faire une lessive. Pas pour préparer les cartables. Pas pour répondre à vos mails. Vous vous faites un café et vous le buvez seule, dans le silence. Cinq minutes.

Personne ne vous demande rien. Personne ne vous appelle. Personne n'a besoin de vous. Vous êtes simplement là. Cela peut sembler dérisoire. Mais lorsque toute votre journée est tournée vers les autres, cinq minutes qui vous appartiennent vraiment ne sont pas rien.

Un sas entre le travail et la maison

Vous rentrez du travail et vous savez que, dans quelques minutes, les enfants vont rentrer ou que la maison va recommencer à vivre. Alors, avant de replonger dans le bruit et les demandes, vous vous accordez un petit sas. Vous allez vous doucher. Vous enfilez vos vêtements d'intérieur. Vous prenez une tasse de thé. Vous fermez la porte de la cuisine pendant dix minutes. Pas pour fuir votre famille. Pour vous retrouver avant de la retrouver.

Une limite posée

Une vraie limite. Pas une grande déclaration. Quelque chose de très concret. Par exemple, sur votre porte : « Après 22 heures : sens interdit. Je dors. »

Et si quelqu'un a oublié quelque chose, a un problème ou cherche désespérément une paire de chaussettes à 22 h 17 ? « Si c'est important, tu me le diras demain. Moi, je dors. » Cela peut paraître presque humoristique. Mais le sommeil n'est pas un luxe. Et vous n'avez pas besoin d'être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour être une bonne mère.

Une aide acceptée

Et si, cette semaine, vous acceptiez enfin l'aide que quelqu'un vous propose ? Votre voisine vous dit : « Si tu veux, je peux prendre les enfants à déjeuner mercredi. » Vous dites oui. Votre amie vous propose de garder les enfants un après-midi. Vous dites oui. Votre sœur vous propose de venir passer un week-end chez elle et de vous laisser souffler. Vous dites oui.

Et surtout, vous ne passez pas ensuite trois jours à vous dire : « Je dérange. » « Je devrais pouvoir faire seule. » « Je vais lui devoir quelque chose. » Non. Vous acceptez. Parce que recevoir de l'aide n'annule pas votre capacité à prendre soin des autres. Cela vous permet parfois simplement de retrouver suffisamment de ressources pour continuer.

Et pourquoi pas quelque chose qui vous fait du bien ? Une promenade. Un livre. Un bain. Un café avec une amie. Une séance de sport. Dix minutes dans votre jardin. De la musique dans la voiture avant d'ouvrir la porte de la maison. Un déjeuner seule de temps en temps. Une soirée sans programme. Une activité que vous aimiez avant d'être uniquement « maman ».

Ce ne sont pas des récompenses. Ce ne sont pas des choses que vous aurez le droit de faire une fois que tout sera terminé. Parce que tout ne sera jamais terminé. Il y aura toujours une lessive. Toujours un mail. Toujours un rendez-vous à prendre. Toujours quelque chose à organiser. Alors peut-être faut-il cesser d'attendre que tout soit fait pour commencer à prendre soin de soi.

Le gazon ne se dit pas : « Je vais attendre d'avoir parfaitement rempli ma mission avant de profiter de la pluie. » Il reçoit la pluie. Et il reverdit. Nous pouvons peut-être faire un peu pareil.

Mais il y a une dernière chose importante. Parfois, les petites pluies ne suffisent plus. Parfois, la sécheresse dure depuis trop longtemps. Vous dormez mais vous ne récupérez plus. Vous êtes irritable pour un rien. Vous n'avez plus de plaisir. Vous avez l'impression que tout vous demande un effort. Vous pleurez facilement ou, au contraire, vous ne ressentez plus grand-chose. Vous avez le sentiment de ne plus être la mère que vous étiez. Et surtout, vous vous dites : « Je devrais pourtant être capable de gérer. »

C'est peut-être justement le moment de ne plus chercher à être capable de tout gérer seule. Demander de l'aide n'est pas renoncer à sa résilience. C'est parfois un acte de résilience. Parce que retrouver le pouvoir d'agir ne signifie pas tout faire seule. Cela signifie pouvoir identifier ce qui nous épuise, reconnaître ce dont nous avons besoin et accepter de chercher les ressources qui nous permettront de repartir.

Alors, à cette rentrée, ne vous demandez peut-être pas seulement : « Comment vais-je réussir à tout gérer ? » Demandez-vous aussi : « Qu'est-ce qui va me permettre de reverdir ? »

Peut-être cinq minutes de silence. Une douche avant de repartir dans le tourbillon. Une porte fermée à 22 heures. Un « oui » à l'aide d'une amie. Un week-end accepté sans culpabilité. Ou, lorsque la fatigue et la souffrance deviennent trop importantes, la décision de parler à quelqu'un.

Car même le gazon a besoin de pluie. Et parfois, nous aussi.