On a parlé de vos enfants et de leurs vacances. On a parlé de vos ados, de ce qui s’est débloqué entre vous cet été. On a parlé de ce qu’on garde, en famille, pour que l’année qui commence porte un peu de cette légèreté-là. Et vous, dans tout ça ? Est-ce que ces semaines ont été des vacances, pour vous aussi ? Ou est-ce qu’elles ont surtout été un décor différent pour continuer, au fond, à faire la même chose qu’à l’année : tout tenir ?
C’est une question qu’on se pose rarement à voix haute, et pourtant elle mérite qu’on s’y arrête, maintenant que la rentrée est là et que tout le monde a déjà plus ou moins repris « son » rythme.. .
La charge mentale invisible de l’été
Elle commence bien avant le départ. Les enfants ont huit semaines de vacances l’été, quand la plupart des parents n’en posent, eux, que deux ou trois. Ce sont donc généralement les mamans qui trouvent des solutions pour les cinq ou six semaines où leurs enfants sont en vacances, mais pas elles : centre aéré, grands-parents, colonie, ou un peu de tout ça à la fois, à organiser souvent des semaines, parfois des mois à l’avance. Il a fallu aussi, bien souvent, penser aux valises, à ce que l’on emporte pour chacun selon la destination, le type de vacances… et à ce qu’on oublie systématiquement et qu’on rachète sur place
Et puis, une fois arrivés, même si vous avez peut-être pu déléguer quelques courses ou un repas de temps en temps, le quotidien est bien souvent resté le quotidien. Les repas à prévoir, le linge qui s’accumule quand même, les siestes parfois difficiles à installer dans un lieu qui n’est pas le sien, les réveils de nuit à gérer les premiers jours, le temps qu’un enfant retrouve ses marques. Est-ce que vous avez eu, vous, un vrai temps de repos dans tout ça ? Une matinée… ou plus. Sans avoir à penser à personne d’autre qu’à vous ? Et cette organisation, ce quotidien, avez-vous pu le partager avec votre conjoint, ou est-ce resté, comme c’est souvent le cas, une affaire qui vous revenait presque par défaut ? Parce que oui, on peut avoir le temps d’aller au cours de Pilate le matin, avoir moins d’horaires… et pourtant porter la charge mentale des vacances.
Puis il y a eu la rentrée. Bien souvent, c’est encore vous qui êtes allée acheter les cahiers, les stylos, le sac à dos, en vérifiant la liste trois fois, vous qui avez rassuré l’enfant qui appréhendait sa nouvelle classe, écouté l’ado stresser pour son emploi du temps, vous qui êtes allée au forum des associations trouver l’activité du mercredi, qui avez rempli les dossiers d’inscription. Ce n’est pas une accusation portée sur les papas : beaucoup prennent réellement leur part, une part de plus en plus grande, et c’est une chose précieuse à reconnaître. Mais même dans ces couples-là, où les pères prennent véritablement leur part et non pas seulement de l’aide ponctuelle, les études de l’Insee montrent que les mères continuent, en moyenne et dans la majorité des cas, de consacrer environ une heure et demi de plus par jour au travail domestique et parental que les pères. Une heure et demi, chaque jour, qui s’ajoute discrètement, sans qu’on la remarque forcément, jusqu’à ce qu’elle finisse par peser.
Ce chiffre ne dit d’ailleurs pas tout : il mesure le temps passé à faire, pas le temps passé à penser à faire. Anticiper qu’il faudra bientôt racheter des baskets, se souvenir que le contrôle de maths tombe le même jour que le rendez-vous chez le dentiste, garder en tête la date limite d’inscription au conservatoire : cette part-là de la charge ne se voit sur aucun agenda partagé, et pourtant elle occupe l’esprit en continu, y compris pendant les vacances, y compris pendant qu’on est censée se reposer sur une plage ou en terrasse.
Alors, qu’est-ce qu’on en fait ?
Il y a d’abord une option, et elle est parfaitement légitime : en parler franchement, remettre la répartition des tâches sur la table, décider ensemble – en couple ou avec les enfants - d’un nouveau partage, voire, pour certaines, faire véritablement grève un week-end pour que tout le monde prenne la mesure de ce qui, jusque-là, restait invisible. Ce n’est pas un caprice, c’est un rééquilibrage nécessaire, et il n’y a rien à en avoir honte. Concrètement, cela peut vouloir dire attribuer clairement certains sujets à l’autre parent, pas seulement certaines tâches ponctuelles : que ce soit lui, cette année, qui garde en tête les dates du calendrier scolaire, qui gère les inscriptions aux activités, plutôt que de simplement lui demander de l’aide au coup par coup quand vous êtes débordée. Dans le même état d’esprit, mon conseil : commencez par positionner dans votre agenda, une activité pour vous. Elle passe d’abord, celles de vos enfants devront s’adapter…
Mais on sait aussi qu’on ne change pas tout d’un coup, ni tout seul, et qu’attendre que la charge se répartisse parfaitement avant de s’occuper de soi peut vouloir dire attendre très longtemps.
Alors il y a une autre piste, plus modeste, mais bien réelle : se retrouver, quelques minutes, dans ce qu’on est en train de faire, plutôt que dans ce qu’il reste à faire. C’est un des principes de la méthode Vittoz, celle que j’utilise en séance : ramener son attention aux sensations du moment présent, pour interrompre, ne serait-ce que quelques instants, ce mental qui tourne en permanence sur la liste des tâches.
Un exercice tout simple, à tenter dès demain matin, avant que la journée ne démarre vraiment : la première gorgée de café. Avant de la boire, sentez l’odeur qui monte de la tasse. Sentez la chaleur qu’elle dégage dans vos mains. Puis, en buvant, portez votre attention sur la chaleur en bouche, sur le goût, sans penser à autre chose, juste quelques secondes. C’est tout. Pas besoin d’y consacrer du temps que vous n’avez pas : ce sont ces quelques secondes, répétées, qui comptent.
Ce n’est évidemment pas un exercice, à lui seul, qui va rééquilibrer la répartition des tâches ni faire disparaître la charge mentale d’un coup. Mais répété jour après jour, ce genre de tout petit rendez-vous avec soi peut, avec le temps, y contribuer un peu. On aura l’occasion d’y revenir, avec d’autres exercices, dans un prochain article : des praticiens de la méthode Vittoz, comme Anne Geisler-Toutain, en partagent régulièrement sur les réseaux, et il y a là de quoi construire, pas à pas, une vraie petite boîte à outils. Pour aujourd’hui, une seule gorgée de café suffit.
Alors, à quel moment pensez-vous à vous ? Peut-être que la vraie réponse, cette année, ce n’est pas de trouver plus de temps, mais d’apprendre à en récupérer quelques secondes, là où vous êtes déjà. Ce n’est pas grand-chose sur le papier. Mais c’est déjà beaucoup plus que ce que vous vous accordez d’ordinaire.
