Le week-end dernier je suis allée suivre une passionnante formation de 2 jours, un « week-end Sophia » qui nous fait découvrir la philosophie et la théologie Chrétienne. Le thème en était : « l'intelligence artificielle, alliée ou rivale de la liberté et de la dignité de l'homme ? »
En français, on parle d'intelligence artificielle. En anglais, c'est Artificial Intelligence – mais le mot intelligence renvoie aussi à information, renseignement. Cette nuance est cruciale : l'IA ne pense pas, elle calcule. Elle ne comprend pas, elle simule. Et si, en cherchant à imiter l'intelligence humaine, nous perdions de vue ce qui nous rend vraiment humains ? D'ailleurs, cette peur de l'erreur et du risque nous pousse à des excès : on en vient même à rappeler aux parents de ne pas mettre de bonnet à leurs enfants quand il fait 35 degrés… par peur des procès. On manque de bon sens, tout simplement.
D'ailleurs, l'encyclique Magnifica Humanitas du pape Léon XIV, publiée en mai 2026, a été saluée bien au-delà des cercles chrétiens. Des personnalités laïques, comme le philosophe Luc Ferry par exemple, ont souligné la pertinence de son analyse sur les dangers de l'IA. Le pape y pose une question fondamentale : construisons-nous une nouvelle tour de Babel, où l'humanité, ivre de pouvoir, cherche à devenir comme des dieux, mais finit par se diviser et se perdre en laissant notre intelligence et nos liens à des machines ? Ou reconstruisons-nous, comme le prophète Néhémie, les murs de Jérusalem, c'est-à-dire une cité où l'on se rassemble, où l'on se ré-unit, où l'on place l'humain au centre ?
L'IA : une illusion d'intelligence
Le terme intelligence artificielle est trompeur. En français, il suggère une compréhension, une conscience, une capacité à raisonner. Pourtant, l'IA n'est qu'un outil de traitement de données. Elle n'a pas de cœur à cœur, pas d'empathie, pas de conscience. Même si elle imite bien, elle ne comprend pas.
Et c'est là que réside le premier risque : projeter sur elle des qualités humaines. Nous parlons d'intelligence, mais nous oublions qu'elle n'a rien d'humain. Elle ne fait que reproduire des schémas, des probabilités, des corrélations. Rien de plus.
Les risques : biais, pensée unique, isolement
Les biais des concepteurs
Les IA sont créées par des humains, avec leurs valeurs, leurs préjugés, leurs limites. Donc cela se ressent dans certaines réponses. De plus, quand une IA cherche des réponses, elle puise dans des données… souvent générées par d'autres IA. Résultat : nous risquons d'aboutir à une pensée unique, où il n'y a plus qu'une seule façon de voir les choses. Une pensée formatée, standardisée, où la diversité des opinions et des raisonnements disparaît peu à peu.
L'IA comme "compagnon" qui nous isole
Elle analyse nos questions, nos désirs, et nous répond ce que nous voulons entendre. On croit dialoguer… mais on ne fait que se mirer. Nous sommes dans une bulle où l'IA valide nos opinions au lieu de nous challenger, de nous confronter à d'autres points de vue.
Pire encore : elle nous coupe du lien aux autres. Après les confinements, les gens avaient soif de se retrouver. Aujourd'hui, l'IA risque de prolonger cette solitude. Le télétravail a ses limites : les gens ne veulent plus être 5 jours par semaine devant un écran. Ils veulent du lien, des rencontres réelles. Les réunions Zoom ont leur utilité… mais ne remplacent pas une poignée de main, un regard, une présence.
Comment utiliser l'IA sans s'y perdre ?
L'IA est un outil. Pas un compagnon, pas un guide, pas un remplaçant. Voici ce que j'ai retenu de mon week-end pour l'utiliser sans en devenir dépendant :
Poser des questions réfléchies (pas juste chercher des réponses, pas demander n'importe quoi).
Analyser ce qu'elle dit (ne pas tout prendre pour argent comptant. C'est même mieux d'interroger sur des sujets que l'on maîtrise un tant soit peu… ).
Demander à plusieurs I.A pour croiser les réponses (mais écologiquement, cela devient une catastrophe !).
Prendre du recul… et renouer avec le lien humain.
Le pape Léon XIV nous le rappelle : l'humanité doit rester au centre. L'IA peut nous aider, mais elle ne doit pas nous déshumaniser. Elle ne doit pas nous faire oublier que ce qui compte, c'est le lien à soi, le lien aux autres, et la vraie intelligence – celle du cœur.
Conclusion : Le bon sens, toujours le bon sens
Au fond, le vrai problème n'est pas l'IA elle-même, mais notre rapport à elle. Nous avons peur de nous tromper, peur de prendre des risques, peur de penser par nous-mêmes. Alors, nous délégons notre réflexion à des machines, nous suivons aveuglément leurs conseils, et nous finissons par perdre notre bon sens.
Pourtant, la solution est simple : retrouver ce bon sens. Utiliser l'IA comme un outil, oui, mais sans lui laisser prendre le dessus. Sans oublier que notre intelligence à nous, humaine, est bien plus précieuse que toutes les données du monde.
Alors, la prochaine fois que vous serez tentés de demander à une IA ce que vous devriez faire… prenez une seconde pour vous demander : et si la réponse était déjà en moi ?
Et vous, où voyez-vous que nous avons perdu notre bon sens au profit de la technologie ?
