On parle beaucoup d'inclusion. On affirme que l'école doit accueillir tous les enfants, quels que soient leurs besoins, leurs handicaps, leurs particularités. Sur le papier, c'est beau. Sur le plan humain, c'est évidemment souhaitable.
Mais la réalité est beaucoup plus complexe.
Et les familles, les enseignants, les enfants eux-mêmes… sont souvent meurtris par cette complexité.
Parce que l'école dit :
"Nous voulons accueillir votre enfant."
Mais elle manque de formation, de ressources, de temps.
Et les enseignants, déjà sous tension, culpabilisent de ne pas pouvoir répondre à 30 profils d'enfants différents.
Les familles entendent alors :
"Votre enfant ne trouve pas sa place ici, cherchez d'autres solutions."
Mais les structures spécialisées répondent :
"Revenez dans 5 ans, il n'y a plus de place."
Alors que faire ?
Beaucoup de mères — souvent, ce sont elles — arrêtent de travailler et s'épuisent à chercher des solutions de soutien pour leurs enfants. Les parents sont sur tous les fronts… et ont souvent l'impression de vivre cela seuls. Heureusement qu'il existe des espaces d'écoute pour se retrouver entre parents qui vivent les mêmes choses !
Mais les enfants, eux, ne trouvent pas leur place : pas vraiment à l'école, pas vraiment ailleurs.
Ils vivent dans des espaces un peu parallèles, loin du monde qui devrait pourtant apprendre à les accueillir.
Nous avons construit un modèle inclusif…
sans construire les conditions de l'inclusion.
Et cela fragilise tout le monde :
- les enseignants,
- les enfants,
- les jeunes,
- les parents,
- et la société.
Cette fragilisation ressemble étrangement à celle que je vois partout ailleurs :
une société qui dit "tout le monde est acceptable" mais qui, dans les faits, ne tolère aucune fragilité réelle.
On demande aux enfants d'être authentiques, de vivre leurs émotions… mais sans les aider à les exprimer correctement.
On demande aux parents d'être sereins, de se faire confiance et en même temps on leur dit qu'on ne naît pas parent et qu'ils ont besoin de formations.
On demande aux jeunes de se projeter dans un avenir professionnel et sociétal, tout en leur disant qu'il n'y a pas de lendemain enchanteur pour cette terre, qu'il faut se préparer au pire.
On demande aux enseignants d'être des super-héros qui font progresser le groupe ET chacun des enfants avec ses particularités, sans jamais juger ou critiquer.
On demande aux parents d'enfants porteurs de handicaps de remplir des dossiers compliqués pour avoir une AESH, d'être compréhensifs face au manque d'AESH et aux contraintes de l'école.
Mais qui les soutient vraiment ?
Dans plusieurs sociétés ancestrales, les personnes porteuses de handicap étaient sacralisées (ex : le nanisme dans l'Égypte ancienne, malformations chez les Aztèques ou en Afrique Australe…).
Ils n'étaient pas des erreurs à corriger : ils étaient des révélateurs d'humanité.
Je ne sais pas si cette vision est transposable, mais elle pose une vraie question :
à quel moment notre société a-t-elle commencé à considérer la fragilité comme un échec plutôt que comme un lieu d'apprentissage collectif ?
L'inclusion ne peut pas être une injonction.
Elle doit être un projet collectif soutenu.
Heureusement que des associations se créent pour soutenir la fragilité, quelle qu'elle soit. Je crois profondément que sans les associations et les bénévoles qui s'y investissent souvent jusqu'à l'épuisement (malheureusement), notre monde serait bancal… encore plus peut-être qu'aujourd'hui.
C'est cela, le développement relationnel :
ne plus laisser les individus seuls face à des situations qui les dépassent.
Remettre du lien, du cadre, du soutien.
Et faire le choix, ensemble, de développer notre humanité.
C'est là que s'enracine mon métier.
Pas dans la réparation individuelle, mais dans l'accompagnement individuel en plus de la création d'espaces où l'on peut penser, comprendre, soutenir et grandir ensemble.
Mes propositions vont dans ce sens :
- groupes d'analyse de pratique,
- lieux d'écoute mutuelle,
- accompagnement systémique des équipes,
- espaces où l'on parle de ce qui pèse avant que ça casse.
Parce que l'humain ne se développe pas seul.
Parce que la fragilité n'est pas un problème, mais un langage.
Parce qu'ensemble, réellement ensemble, nous devenons plus humains.
Et c'est la raison pour laquelle j'aimerais rendre un vibrant hommage ici à tous les bénévoles, de toutes les associations qui œuvrent pour accueillir chacun.
