J'ai reçu cette semaine mes 2 cartes d'adhésion, deux simples rectangles de papier qui, à mes yeux, disent quelque chose d'essentiel.
L'une vient de l'association Les Éligibles et leurs Aidants, l'autre de Ensemble pour la Petite Enfance. Et j'espère bientôt adhérer à « Santé Mentale France » également.
Trois univers différents… et pourtant un point commun évident : ils soutiennent les plus fragiles.

C'est pour cela que je veux vous parler aujourd'hui de fragilité. Parce que pour moi, elle n'est ni un déficit, ni une honte, ni un défaut à corriger. Elle est une partie constitutive de notre humanité.

Dans mon travail de thérapeute, de formatrice, d'intervenante en analyse de pratique, je l'observe chaque jour : les fragilités sont nombreuses, diverses, parfois visibles, parfois secrètes. Elles prennent la forme de l'hypersensibilité vue comme un excès, de l'introversion mal comprise dans un monde extraverti, des blessures relationnelles, de la fatigue parentale, du harcèlement subi et banalisé… Et trop souvent, elles deviennent des motifs d'exclusion.

Nous vivons dans une société paradoxale.
Sous prétexte de développement personnel, il faudrait être fort, aligné, performant, "vibrer haut", ne jamais flancher.
Sous prétexte d'authenticité, il faudrait "tout accueillir", "ne juger personne", "laisser tout s'exprimer".

Mais dans les faits ?
On n'a plus vraiment le droit d'être fragile.
Et pire : on ne donne pas les repères nécessaires pour exprimer une émotion sans blesser l'autre.

Prenez les enfants :

  • On leur dit qu'ils ont le droit d'être en colère (c'est vrai).
  • On les invite à exprimer leurs émotions (c'est juste).
  • Mais on ne leur donne pas un chemin clair pour le faire sans frapper, insulter ou envahir l'autre. Résultat : on les voit déborder… puis on leur dit qu'ils sont "méchants". La confusion vient de nous, pas d'eux.

Et c'est ainsi que, parfois, les personnes fragiles finissent punies pour ce qu'elles vivent déjà douloureusement.
Comme les victimes de harcèlement, qu'on juge "trop sensibles", "trop faibles", "faciles à cibler".
Comme si leur souffrance était une faute.

Je pense aussi à Noélia, cette jeune femme espagnole de 25 ans qui a demandé l'euthanasie après des viols dont on n'a pas su la protéger, les soins et le soutien psychiques absents, une tentative de suicide qui l'a rendue paraplégique… On a débattu de son "droit" à mourir, sans s'interroger assez sur notre non-assistance à vivre et à soigner.

Moi, j'y vois une société qui n'a pas su soutenir une vie fragile, et qui finit par accompagner sa disparition.

Ce que j'observe, encore et encore, c'est que la fragilité ne vient pas uniquement de la personne.
Elle naît, elle s'aggrave ou elle se répare dans un environnement.

C'est vrai pour les enfants et les ados.
C'est vrai pour les parents.
C'est vrai pour les professionnels.

Et c'est pour cela que mon engagement est clair :
remettre du soutien là où il manque, remettre de l'humain là où il s'est effacé.

Parce que la fragilité n'est pas une faiblesse.
C'est un appel.
Elle dit simplement : j'ai besoin d'un autre pour continuer.

C'est ce "entre nous" qui m'importe.
C'est là que se loge la dignité humaine : dans la capacité d'accueil et d'accompagnement de tous les états de santé, de souffrance… toute vie reste digne.
Et c'est ce qui guide chacune de mes actions au sein de Coach Famille.