Il y a quelques jours, alors que la France subissait une vague de chaleur avec des températures dépassant les 35 degrés, j'ai été stupéfaite d'apprendre que le ministère de l'Éducation nationale avait envoyé un message à toutes les écoles. Ces dernières, à leur tour, l'ont transmis aux parents. Le contenu ? « Habillez vos enfants en tenant compte de la chaleur, pensez à leur mettre un chapeau, des lunettes de soleil et à leur donner une gourde. »

Et nous, on se demande : est-ce qu'il est vraiment nécessaire de rappeler ça aux parents en 2026 ?
C'est un peu comme si on leur disait : « N'oubliez pas de ne pas leur mettre de bonnet et de moufles quand il fait 35 degrés. »

Et puis, j'ai compris pourquoi ce message avait été envoyé. Par peur. Peur que, si jamais un enfant souffrait d'un coup de chaleur, les parents ne portent plainte contre l'école, voire contre le ministère. Peur des conséquences judiciaires. Peur de devoir assumer une responsabilité.

Le cercle vicieux de la surprotection

Ce qui m'a frappée, c'est que ce phénomène ne se limite pas à l'éducation. Il est partout. Nous sommes entrés dans une société où la peur guide nos décisions, où la protection devient excessive, et où cette surprotection, paradoxalement, nous déresponsabilise.

Prenons un exemple concret et récent. Dans ma résidence, il y a une aire de jeu pour les tout-petits. Pourtant, elle est aujourd'hui interdite d'accès. Pourquoi ? Parce que le sol n'est "pas assez mou". Comme si, avant, nos enfants – et nous-mêmes – n'avions pas joué sur des sols en dur, sans protection. Ma cousine, enfant, est tombée d'un toboggan et s'est cassé le bras. Est-ce que cette chute l'a marquée à vie ? Non. Est-ce qu'elle en a tiré des leçons ? Absolument. Aujourd'hui, ses enfants, eux, n'ont même pas le droit de monter à 30 cm de haut… et s'ils tombent, c'est sur un revêtement ultra-amortissant. On a remplacé l'apprentissage par l'interdiction.

Dans le domaine médical, c'est la même chose. Vous consultez pour une douleur aux genoux, un peu tenace, mais supportable. Et là, on vous envoie faire une IRM, des radios, une dizaine d'analyses sanguines. « Juste pour être sûr. » Pourtant, il y a encore quinze ans, on vous aurait probablement conseillé de vous reposer, de mettre de la glace, et de revenir si ça ne s'améliorait pas. Aujourd'hui, on préfère tout vérifier, par peur de manquer quelque chose, par peur d'être poursuivi si jamais le diagnostic initial était incomplet.

Et dans le monde de l'entreprise, les exemples ne manquent pas. Saviez-vous que dans certaines entreprises, les salariés doivent suivre une formation de deux heures… pour apprendre à monter sur un escabeau ? « Pour des raisons de sécurité », bien sûr. Comme si, sans cette formation, ils étaient incapables de comprendre qu'il ne faut pas se pencher trop en arrière. Comme si le bon sens ne suffisait plus.

Pourquoi en est-on arrivés là ?

La réponse est simple : nous avons donné un pouvoir démesuré à la peur, et à la justice.

Aux États-Unis, cela fait des décennies que la culture du procès est ancrée. « Si quelque chose ne va pas, on attaque. » Et aujourd'hui, cette mentalité gagne du terrain en France. On ne prend plus de risque. On ne fait plus confiance. On se protège, par tous les moyens, même les plus absurdes.

Le problème, c'est que cette surprotection a un effet pervers : elle déresponsabilise.

Si on rappelle sans cesse aux parents de donner de l'eau à leurs enfants, ils finissent par ne plus y penser d'eux-mêmes.

Si on interdit aux enfants de jouer dans une aire de jeu, ils n'apprennent jamais à évaluer les risques.

Si on impose des formations pour monter sur un escabeau, on sous-entend que les gens ne savent pas le faire sans.

Et plus on déresponsabilise, moins les gens réfléchissent. Moins ils réfléchissent, plus ils ont peur. Plus ils ont peur, plus on les surprotège. C'est un cercle vicieux.

Éduquer avec bon sens : la solution

Alors, comment en sortir ?

La réponse, c'est le bon sens. Ce bon sens qui nous dit qu'un enfant a besoin de jouer, même si le sol n'est pas ultra-mou. Ce bon sens qui nous murmure qu'une douleur aux genoux ne nécessite pas toujours une batterie d'examens. Ce bon sens qui nous rappelle que monter sur un escabeau, c'est avant tout une question de prudence, pas de formation obligatoire.

Éduquer avec bon sens, c'est faire confiance.

Faire confiance aux parents : ils savent ce qui est bon pour leurs enfants. Ils n'ont pas besoin qu'on leur rappelle de leur donner à boire par 35 degrés.

Faire confiance aux enseignants : ils connaissent leurs élèves. Ils savent quand il est sûr de les laisser jouer, et quand il faut les surveiller de près.

Faire confiance aux médecins : ils ont l'expérience et le discernement pour savoir quand une douleur nécessite des examens approfondis… et quand elle ne l'exige pas.

Faire confiance aux salariés : ils sont capables de monter sur un escabeau sans se mettre en danger, si on leur en donne la possibilité.

Éduquer avec bon sens, c'est aussi accepter le risque.

Le risque que, parfois, un enfant se blesse en jouant. Le risque que, parfois, un diagnostic ne soit pas parfait du premier coup. Le risque que, parfois, un salarié fasse une erreur. Mais c'est comme ça qu'on apprend. C'est comme ça qu'on grandit.

Retrouver l'équilibre

Je ne dis pas qu'il faut supprimer toutes les règles. Bien sûr que non. Il y a des situations où la prudence est nécessaire. Mais il y a une différence entre la prudence et la paranoïa.

Aujourd'hui, nous sommes dans l'excès. Nous avons peur de tout, et cette peur nous pousse à tout contrôler. Mais plus on contrôle, plus on étouffe. Plus on étouffe, plus on perd notre capacité à vivre, à grandir, à nous adapter.

Alors, osons faire un pas en arrière. Osons lâcher prise.

Osons laisser les enfants jouer, même si le sol n'est pas parfait.

Osons dire à un patient que son mal de genoux ne nécessite pas une IRM.

Osons faire confiance à un salarié pour monter sur un escabeau sans formation.

Osons, enfin, éduquer avec bon sens.

Car c'est comme ça que nous briserons ce cercle vicieux. C'est comme ça que nous retrouverons notre liberté. Et c'est comme ça que nous redonnerons à chacun la responsabilité de sa propre vie.