« Mais enfin, aie un peu confiance en toi ! »

Qui n'a jamais eu envie de dire cela à son enfant ?

Celui qui n'ose pas lever la main alors qu'il connaît la réponse. Celle qui se trouve nulle dès qu'elle rate quelque chose. Celui qui abandonne avant même d'avoir essayé.

Nous aimerions pouvoir leur donner confiance en eux.
Malheureusement, ça ne marche pas comme ça.

En revanche, dans notre vie quotidienne de parents, nous pouvons faire beaucoup pour les aider à construire leur estime d'eux-mêmes.

Et cela passe notamment par trois choses : se savoir aimé, apprendre à voir ce qui est bon en soi et faire l'expérience que l'on est capable.

1. Avant de croire en lui, il a besoin de se savoir aimé

Un enfant découvre d'abord sa valeur dans le regard de ceux qui l'aiment.

Le petit enfant qui court vers nous avec son dessin complètement informe et qui voit notre visage s'éclairer comprend quelque chose de très simple :
« Je compte pour quelqu'un. Donc je suis important. »

Évidemment, c'est plus facile avec un petit de quatre ans qui nous tend son dessin qu'avec un adolescent de quinze ans qui vient de nous répondre odieusement pour la troisième fois de la journée !

Il y a des périodes où nous ne supportons plus notre enfant.
Et parfois, nous finissons même par nous demander :
« Mais est-ce que je l'aime encore ? »

Dans ces moments-là, je propose parfois aux parents une question un peu brutale :
« S'il lui arrivait quelque chose de grave demain, comment le vivriez-vous ? »

La réponse permet généralement de retrouver ce qui était simplement enfoui sous les conflits, la colère ou l'épuisement.

On peut aussi ressortir les albums photos.
Regarder sa bouille à trois ans. Se rappeler ses expressions, nos fous rires, ce qui nous touchait chez lui.
Pas pour regretter l'époque bénie où il ne répondait pas !

Mais pour retrouver, derrière les comportements qui nous exaspèrent aujourd'hui, la personne que nous aimons.

J'utilise d'autres exercices avec les parents lorsque ce lien est vraiment difficile à retrouver ; ils seraient trop longs à développer ici.

L'essentiel est là : notre enfant doit pouvoir sentir que nous pouvons désapprouver ce qu'il fait sans cesser de l'aimer pour ce qu'il est.

2. Et si nous arrêtions de lui montrer surtout ce qui ne va pas ?

Pendant une dizaine d'années, nous avons accueilli chez nous, chaque année, de jeunes étrangers venus du monde entier passer une année scolaire en France.

Avant leur départ, je leur demandais toujours ce qu'ils avaient aimé et moins aimé en France.
Presque tous — sauf une jeune Japonaise — m'ont répondu  :
« Je n'ai pas aimé le lycée. »

Pourquoi ?
Les journées étaient trop longues, certes.
Mais surtout, une remarque revenait :
« Ici, en france, on nous dit toujours ce qu'on fait mal. Jamais ce qu'on fait bien. »

Cette phrase m'est restée.

Parce qu'à la maison aussi, nous sommes très efficaces pour repérer ce qui ne va pas.
« Range tes chaussures. »
« Tu n'as toujours pas débarrassé ton verre. »
« 12 ? Pourtant tu avais révisé ! »
« Tu pourrais faire un effort quand même. »

Et ce qui va bien ?

Souvent, nous ne le disons pas. Puisque c'est normal ! Normal de débarasser la machine. Normal de dire "s'il te plait" et "merci". Normal d'aider, de ranger...

Alors essayons parfois l'inverse.
Pas :
« Tu es le meilleur ! »
Mais :

« Merci d'avoir débarassé le lave-vaisselle. »
« Tu sais vraiment bien t'occuper des petits. »
« J'ai remarqué que ton copain te parle facilement quand il ne va pas bien. »
« Tu as beaucoup travaillé pour ce contrôle. »

Nous ne sommes pas en train de flatter notre enfant.

Nous lui tendons simplement un miroir plus juste de lui-même : avec ses défauts, bien sûr, mais aussi ses qualités, ses talents et ce qu'il apporte aux autres.

3. Et puis le laisser réussir… et rater

Pour avoir confiance en soi, il faut avoir vécu cette expérience :
« J'ai essayé. Et j'ai réussi. »

Alors donnons à nos enfants des occasions de faire.

Et surtout, ne cherchons pas uniquement du côté de l'école.

Votre fils est mauvais en maths mais sait démonter et remonter un vélo ?
Très bien.

Votre fille n'est pas première de sa classe mais elle sait merveilleusement s'occuper des petits ?
Qu'elle fasse du babysitting.

Cuisine, musique, bricolage, théâtre, sport, jardinage, dessin, scoutisme, petit boulot, organisation d'un voyage…

Cherchons le lieu où notre enfant peut faire l'expérience qu'il est capable.

Et résistons à la tentation de faire à sa place.

Une petite expérience Vittoz : « Je choisis, puis je fais »

En méthode Vittoz, nous travaillons beaucoup cette capacité à choisir consciemment un acte, puis à le réaliser.

On peut très simplement l'expérimenter avec un enfant ou un adolescent.
Pas avec une injonction du type :
« Allez, maintenant tu ranges ta chambre ! »
Mais en lui demandant :
« Quelle petite chose décides-tu de faire aujourd'hui ? »

Quelque chose de précis et réalisable : téléphoner lui-même pour prendre un rendez-vous, terminer un exercice, préparer un gâteau, ranger un tiroir, aller acheter seul ce dont il a besoin…

Il choisit.
Il décide quand il le fait.

Et, autant que possible, nous le laissons faire sans reprendre les commandes.

Ce petit passage du « je pourrais » au « je décide », puis du « je décide » au « je fais », est précieux.

Parce que la confiance en soi ne consiste pas seulement à penser : « Je suis capable. »
Elle se nourrit aussi de l'expérience :
« J'ai choisi de le faire. Je suis allé jusqu'au bout. »

Et parfois, évidemment, ça rate.
Son gâteau sera peut-être immangeable.
Il se trompera de bus.
Il perdra son match.
Il ratera peut-être son examen.

Ce n'est pas agréable. Mais c'est aussi ainsi qu'il apprend.

Et lorsqu'il échoue, ne nous précipitons pas tout de suite sur le positif :
« Ce n'est pas grave ! Qu'est-ce que tu as appris ? »
Non.

Laissons d'abord la déception être là.

C'est désagréable ou douloureux. C'est normal.

Puis, lorsque l'émotion s'est un peu apaisée, nous pouvons demander :
« Maintenant, qu'est-ce que tu as appris ? Et qu'est-ce que tu vas essayer ? »

Parce qu'il y a une différence immense entre :
« J'ai échoué, donc je suis nul. »
et :
« J'ai échoué cette fois-ci. Je peux recommencer autrement. »

Non, nous ne pouvons pas fabriquer son estime de soi

Nous ne pouvons pas garantir que notre enfant aura confiance en lui.
Et nous ne pouvons certainement pas lui éviter toutes les blessures de la vie.

Mais nous pouvons lui donner quelques appuis solides :
Tu es aimé, même lorsque je désapprouve ce que tu fais.
Tu as des qualités et des talents que je vois aussi.
Tu peux choisir, essayer, réussir, rater et recommencer.

Et puis, peu à peu, il faudra accepter que son regard sur lui-même se construise aussi ailleurs que chez nous.
À l'école.
Avec ses amis.
Dans les groupes auxquels il appartient.

Et parfois, malheureusement, le regard des autres peut devenir suffisamment violent pour abîmer profondément celui qu'il porte sur lui-même.

C'est de cela que nous parlerons la semaine prochaine.